Chère Madame,

Je suis émerveillé par la beauté qui nous entoure. Il revient certainement à mes parents et à certains
professeurs de m'avoir éveillé un peu à l'art. J'ai développé une grande gourmandise pour tout ce qui caresse l'âme et lui procure des
frissons de bonheur. Je vous autorise de bon coeur à citer mes galimatias, mais ne risquent-ils pas de rebuter vos auditeurs? Depuis que
j'ai reçu votre disque de Duphly je l'écoute une fois tous les jours (ou la nuit) et mon admiration ne fait que croître si cela se peut encore.
Les quatre suites me font penser à de grands Portos: la première serait constituée d'assemblage de vins âgés d'une dizaine d'années,
cela pétille d'espièglerie, de couleurs vives, mais la brise lyrique exhale des senteurs d'automne. Derrière une certaine légèreté juvénile se
tapit un soupçon de mélancolie qui suggère un âge mur (l'allemande, la Cazamajor). Puis la complexité augmente. La quatrième suite atteint
des sommets vertigineux et s'apparente à un Porto de quarante ans d'âge au moins. Elle développe un bouquet et des arômes d'une
complexité prodigieuse. La palette des couleurs est infinie. Les différentes tonalités de mêlent, se superposent, se répondent, se
vouvoient et finissent même par se tutoyer de façon moderne. Cette ultime suite dégage des notes acides et fruitées avec une pointe de
nostalgie habillée de velours. Sur ces paysages splendides trône un ciel d'opéra, de jardin, de panorama majestueux. C'est tour à tour
Watteau, Boucher, Fragonard, ou Le Lorrain et Hubert Robert. C'est un orchestre sublime, dont les pupitres sont tenus par les entrailles de
l'âme. Il rend des plaintes aux timbres doux, tendres et sauvages. Les plans sonores se détachent très nettement et donnent un relief
digne d'un vin de très grande classe. La note finale qui reste longuement en bouche est étrange: une dignité joyeuse, hardie et sans âge
triomphe finalement des blessures du temps. Merci, merci, merci pour tant de beauté.


Bien à vous.

Xavier Lemaire
Bonsoir Madame,

Je viens de recevoir votre disque ce midi. Merci!

Je ne suis pas certain que tous vos auditeurs vous disent l'incommensurable dette qu'ils ont à votre égard et qu'ils vous
expriment leur infinie reconnaissance. Permettez-moi de vous remercier du fond du coeur pour votre musique. Ce clavecin
de Vater chante une musique bouleversante. Vous remettez en eau les fontaines de jardins longtemps abandonnés. Cela
faisait longtemps que je voulais posséder votre disque.

Les disques comme celui-ci sont inestimables pour le laïque que je suis et la multitude non-instruite. Ils ouvrent un
monde. Ils sont une épiphanie. C'est violent. Le chant du clavecin pénètre physiquement. Et c'est une brûlure, une joie vive
qui arracherait des larmes à une statue. C'est tendre, sensuel, mélancolique, irrésistible. 

Produire de tels disques est certainement prodigieusement difficile. Pourtant vous pouvez être certaine que la sortie de
chacun d'entre eux est fêtée avec ferveur et reconnaissance par des oreilles qui sans vous n'entendent plus.

Bien sûr d'autres voix existent, belles et majestueuses, mais ce n'est pas la vôtre qui est inimitable. Certaines rencontres
sont fortes et durables. Avec le clavecin, c'est vraiment une rencontre entre un interprète, une oeuvre et un instrument (je
pense à Scott Ross jouant Rameau au château d'Assas par exemple ou à Blandine Rannou remettant au clavecin les
pièces de Forqueray sur la copie d'un Ruckers-Hemsch). Je crois que la façon dont chante votre Duphly mérite de rester.
J'aime votre Duphly passionnément. Christophe Rousset ou Elisabeth Joyé n'ont pas votre voix. S'il vous plaît faites-nous
entendre au disque votre voix plus souvent...

Ce disque me donne l'occasion de vous témoigner ma profonde reconnaissance et ma grande admiration.

Bien à vous.

X. Lemaire